Document Journal

De sa préfiguration de la chute de mai 68 à l’histoire criminelle qui a inspiré Tarantino, cinq films de Godard que tous les fans devraient voir

Quand on entend le nom de Godard, on peut tous imaginer l’homme mystérieux aux teintes Ray-Ban et une cigarette constamment allumée entre les lèvres. Pionnier de la Nouvelle Vague française, Jean-Luc Godard a bouleversé le monde du cinéma avec son premier long métrage A Bout de Souffle en 1959, et s’est rapidement fait connaître à l’étranger avec des films mettant en vedette de grands noms comme Jean-Paul Belmondo et Brigitte Bardot. Avec Le Week-End (1967), son présage brechtien de la chute de la révolution française de mai 68, Godard a enfreint toutes les règles et n’a jamais regardé en arrière. De là à aujourd’hui, dans une carrière qui s’étend maintenant sur plus de 50 ans, son cinéma d’anarchie a régné, défiant sans relâche même ses fans les plus hardcore.

J’avais 16 ans quand j’ai vu pour la première fois Un Bout de Souffle au lycée. J’aimerais pouvoir dire que c’était le coup de foudre, mais ce n’était pas le cas. Enfant, j’ai regardé d’innombrables vieux films de gangsters avec mon grand-père, mais celui-ci n’avait pas de sens pour moi. Quand je l’ai revu deux ans plus tard, j’étais accro. J’ai rassemblé tous les DVD et livres de Godard. Il y avait des affiches du réalisateur et de ses films partout dans mon premier studio. J’ai commencé l’école de cinéma avec un objectif irréaliste : devenir la nouvelle version féminine de Godard.

Après toutes ces années, je ne pense toujours pas comprendre pleinement son travail. Ses films peuvent être frustrants. Il peut être trop intellectuel. Je n’en saurai jamais assez sur la politique, l’histoire et la littérature classique pour comprendre la gamme de ses références. Mais tout à part, ses films m’ont fait ressentir quelque chose qu’aucun autre cinéaste n’avait jamais eu — une excitation suscitée par sa conviction que le cinéma appartient à la jeunesse, pas à un vieux producteur riche. Godard a ouvert la voie aux jeunes générations pour réinventer le médium, nous rappelant que la seule chose dont vous avez besoin pour faire un film est une caméra, le reste n’est que des règles qui attendent d’être enfreintes. Bien que les gens connaissent son travail précoce et plus accessible, apprendre à connaître le vrai Godard n’est pas un voyage facile, mais voici un guide pour commencer.

1. Un Bout de Souffle (À bout de souffle) – 1959

Commençons par les bases. Si vous n’avez pas encore vu ce film, vous passez à côté. Qu’est-ce qui est plus sexy que le couple de gangsters préféré des États-Unis Bonnie et Clyde? La version française avec l’irrésistible Jean Seberg et le haras absolu Jean-Paul Belmondo, bien sûr ! Raoul Coutard, le bras droit de Godard, capture Paris à la fin des années 50 dans le plus beau noir et blanc. Les voitures, les tenues, la musique’s c’est la capsule temporelle nostalgique dont nous avons tous besoin pendant ce triste verrouillage. Faisant constamment référence à la littérature classique et au Vieux Hollywood, Godard met l’ambiance pour la suite de sa carrière : une ode sans compromis à l’art et à la vie. Environ un tiers du film se déroule dans le petit studio emblématique de Patricia où elle cache son amant gangster Michel. Ils se prélassent dans leur lit, fument des cigarettes à la chaîne et se moquent les uns des autres — une grande humeur de quarantaine. Un Bout de Souffle est drôle, romantique, tragique et poétique; une évasion parfaite d’une heure et demie de la réalité.

2. Alphaville (1965)

Ce n’est pas seulement le nom de votre lieu de rencontre punk préféré à Bushwick, c’est le chef-d’œuvre de la science-fiction noire de Godard. Bien qu’il fasse aussi un clin d’œil au vieux Hollywood, Alphaville le fait avec la touche radicale de la signature de Godard. C’est une critique toujours plus pertinente de notre société capitaliste et de nos gouvernements autoritaires qui vous fait réaliser que certaines choses ne changent jamais. Ne vous attendez pas à être complètement déprimé; ce film est aussi un poème sur l’amour et la vie, avec l’un de mes moments préférés de tous les temps au cinéma. La cinématographie est d’une beauté envoûtante, et la muse et épouse de Godard à l’époque, Anna Karina, brille comme jamais auparavant dans un noir et blanc austère. De la scène d’ouverture captivante à la fin palpitante, ce film est un régal pour vos yeux et votre âme.

3. Masculin Féminin (1966)

Masculin Féminin n’est pas votre histoire d’amour de passage à l’âge adulte. C’est un portrait de la jeunesse française à l’une des époques les plus importantes du pays : les années 60 révolutionnaires. Les temps radicaux demandent un cinéma radical. Mettant en vedette la fille yé-yé Chantal Goya et l’amoureux de la nouvelle vague Jean-Pierre Léaud, ce film est l’enfant de l’amour parfait de son air du temps. La réponse de Godard au pop-art. Il n’y a pas d’intrigue linéaire car aucun scénario n’était impliqué, juste un cahier rempli d’idées et de dialogues lâches, ce qui n’était pas rare pour le réalisateur. Des références à la culture pop et des interviews façon cinéma-vérité s’entremêlent à des scènes attachantes de jeunes amoureux. Il a pris beaucoup de vent après sa sortie car il représentait des mineurs parlant de sexe. Le public cible a été interdit de le regarder dans les salles. Si vous avez besoin de remonter le temps pour assouvir votre dépendance à l’âge adulte après Call Me By Your Name et Lady Bird, ne cherchez pas plus loin. Godard t’a eu.

4. Le Week-end (1967)

1967 a été une année inventive pour Godard, même s’il a divorcé d’Anna Karina. Il a généralement fait deux films par an (ce qui est déjà suffisant pour se sentir mal à propos de sa propre productivité), mais cette année-là, il en a fait trois. Ils sont tous géniaux mais complètement différents. Deux ou Trois choses que je sais d’elle et La Chinoise valent vraiment le détour si les films ci-dessus vous ont converti en groupie Godard, mais Le Week-end marque vraiment le début du travail révolutionnaire de Godard dans les années 70 et 80, tout en gardant un pied dans les années 60 romantiques. Godard met l’ambiance du Week-end avec une note sur laquelle on peut lire, dans sa police de caractères,  » Un film trouvé dans une décharge. »La prise continue de 15 minutes qui suit est un moment légendaire de l’histoire du cinéma. Je peux vous assurer que votre patience sera mise à l’épreuve, mais cela en vaudra totalement la peine. La seconde moitié du film est différente de tout ce que vous attendez d’elle. Je ne veux pas le gâcher, mais c’est l’absurdité à son meilleur. Si vous ne saviez pas déjà d’où Tarantino tire son inspiration, maintenant vous le ferez.

 » C’est comme si un poète français prenait un banal roman policier américain ordinaire et nous le racontait en termes de romance et de beauté qu’il lisait entre les lignes. »un critique a écrit un jour sur Godard. Quand Tarantino a lu ça, il savait exactement que c’était ce qu’il voulait faire aussi. Les deux réalisateurs sont animés par un amour inextinguible pour le cinéma. Tarantino est bien connu pour tricoter des morceaux de films oubliés dans le sien pour raviver l’intérêt du grand public. Ses films sont gorgés de références au Vieux Hollywood, à la Nouvelle Vague française, aux westerns spaghettis et à l’horreur B. Tout comme Godard, Picasso et Warhol, il a affirmé que le vol fait partie de tout grand art. Je ne le blâmerai pas – il l’a appris des meilleurs.

5. Adieu au Langage (2014)

Je saute trois décennies et vous présente le deuxième volet de la dernière trilogie de Godard : Adieu au Langage. J’ai vu ce film dans un petit théâtre du Quartier Latin à Paris l’été où il est sorti. La seule autre personne là-bas, à part mon amie, était une vieille dame qui portait ses lunettes 3D par-dessus ses lunettes habituelles. 70 minutes plus tard, je quittais le théâtre confus et aveuglé par le soleil. Qu’est-ce que je viens de regarder ? Je ne sais pas si je le saurai un jour et je ne sais pas si c’est la faiblesse ou la force de ce film.

Tous les films ultérieurs de Godard sont des énigmes que chaque spectateur peut assembler à sa manière, qui est, pour moi, un miroir de la vie elle-même. Le réalisateur avait 80 ans lorsqu’il a réalisé ce film. Cette année, il a 90 ans, un an de moins que ma grand-mère, et la technologie la plus avancée qu’elle ait jamais possédée était un Nokia. Pourtant, Godard a utilisé des smartphones et des prototypes de caméras 3D d’une manière que peu d’étudiants en cinéma osent. Je pourrais continuer sans cesse comment il continue à réinventer le médium comme personne d’autre. Cela se résume à ceci: nous ne nous attendons pas à ce que le sens de notre poésie ou de nos peintures abstraites soit clair, alors pourquoi attendons-nous cela du cinéma?

Info streaming :

Breathless : Criterion Channel
Alphaville : Criterion Channel
Masculin Féminin : Criterion Channel
Le Week-end : Criterion Channel
Adieu au Language : disponible à la location sur Youtube, iTunes et Google Play

Mots clés

De sa préfiguration de la chute de mai 68 à l’histoire criminelle qui a inspiré Tarantino, cinq films de Godard que tous les fans devraient voir Quand on entend le nom de Godard, on peut tous imaginer l’homme mystérieux aux teintes Ray-Ban et une cigarette constamment allumée entre les lèvres. Pionnier de la Nouvelle Vague…

De sa préfiguration de la chute de mai 68 à l’histoire criminelle qui a inspiré Tarantino, cinq films de Godard que tous les fans devraient voir Quand on entend le nom de Godard, on peut tous imaginer l’homme mystérieux aux teintes Ray-Ban et une cigarette constamment allumée entre les lèvres. Pionnier de la Nouvelle Vague…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.